Nos recherches participatives

L’objectif de ce programme est d’abord de mobiliser un groupe de citoyens de Toulouse Métropole pour qu’ils étudient la gestion des déchets ménagers et assimilés (DMA) sur ce territoire auprès des acteurs concernés, afin de se (ré)approprier les connaissances sur le sujet et d’en produire une description. Cette dernière sera ensuite utilisée par ce groupe comme outil de médiation entre ces acteurs pour permettre la reconfiguration de cette gestion, et en particulier la transformation des rôles et des interactions entre les citoyens, les experts technico-économiques, les scientifiques et les élus.

Cette nécessité de (ré)appropriation apparaît dans un paradoxe entre la distance que les humains recherchent avec leurs déchets, notamment du fait des nuisances qu’ils y associent (saleté, odeurs, maladies, etc.), et les services publics de leur gestion qui s’inscrivent dans une logique de proximité. Différentes modalités de cette (ré)appropriation sont aujourd’hui mises à l’épreuve avec la réception des politiques publiques par les citoyens, les initiatives locales (consommation responsable, développement d’activités ESS et mouvement Zero Waste) et la participation aux instances d’élaboration du service public nationales et locales. Cependant, qu’ils soient sollicités ou qu’ils s’impliquent par eux-mêmes, les citoyens qui participent ont des profils et des points de vue assez peu variés, tandis que le poids de leur avis sur les décisions est assez faible.

La recherche-action participative en sciences humaines et sociales semble particulièrement pertinente pour remédier à ces problèmes, en construisant un mouvement inverse et complémentaire à l’approche descendante des institutions. Elle permettrait de capter des citoyens qui prennent rarement part aux affaires de la société, en entretenant des logiques de « concernement » puisque les participants travaillent sur des problèmes qu’ils veulent résoudre. En outre, la constitution d’un collectif autonome et indépendant de tout cadre institutionnel tend à renforcer les capacités d’initiatives des citoyens.

Afin de permettre une participation large de tous les acteurs de la gestion des DMA tout en laissant un maximum d’autonomie aux participants, notre programme se découpe en quatre grandes phases (voir les schémas ci-dessous pour comprendre la méthode) :

– La première (3 mois) a vocation à mobiliser un groupe d’une trentaine de citoyens aux profils variés prêts à s’impliquer dans la démarche sur la durée.

– La seconde (3 mois) vise à leur faire découvrir à la fois l’univers des DMA et ses acteurs et la démarche scientifique de recherche, tout en amorçant la dynamique collective en favorisant la cohésion du groupe.

– Dans la troisième (7 mois), ils auront pour objectif de comprendre la situation de la gestion des DMA sur la métropole toulousaine en enquêtant en collaboration avec des chercheurs en sciences sociales, afin de réaliser une représentation plurielle et fine de la situation.

– La dernière phase (6 mois et plus) vise enfin à transformer la situation en identifiant des enjeux à traiter à partir de la description produite, puis en mobilisant les acteurs de tous types concernés par ces enjeux afin de les faire collaborer dans la redéfinition et la résolution de ces enjeux.

La constitution du Collectif de Recherche-Action Citoyenne vise donc à tester l’hypothèse selon laquelle la recherche participative peut reconfigurer certaines positions et certains points de vue ; que l’enquête en collaboration avec des chercheurs auprès des acteurs concernés permet de développer la légitimité d’un collectif de citoyens ; et qu’une dynamique de co-construction des savoirs et des actions engageant une diversité d’acteurs pourrait mener à des solutions d’actions publiques originales et socialement acceptées.

Les résultats pourront prendre des formes diverses : développement de filières économiques, création ou modification de politiques publiques locales et/ou nationales, réorientation de la recherche scientifique, amélioration des modalités de sensibilisation et d’implication des citoyens du territoire, etc.

L'équipe

Associations d'éducation populaire

Les partenaires d’éducation populaire et de médiation scientifique auront comme rôle de préparer et d’animer la mobilisation des participants, ainsi que de préparer et de faciliter les moments collectifs du reste du programme.

Le Transilab, à l’initiative de ce programme, expérimente de nouvelles formes de démocratie par la sociologie appliquée, l’éducation populaire et l’intelligence collective pour questionner et reconstruire ce qui lie les humains entre eux et à leurs environnements à travers les objets techniques.

Il sera présent sur tous les aspects du programme, notamment dans la préparation des animations et dans l’observation de la dimension participative. Il sera présent également dans la conception et l’animation des ateliers pour les temps collectifs sur l’ensemble des phases.

Le Réseau d’Initiatives en Sociologie Appliquée (RISA) a pour objectif de créer un réseau afin de valoriser les pratiques des sciences humaines et sociales au sein de la société civile et du marché du travail, et dans une perspective d’accompagnement au changement social, économique et politique. Son implication se centrera sur la transmission des outils d’enquête sociologique (posture, méthodologie, analyse) et l’évaluation du dispositif de recherche participative.
Le collectif informel d’éducation populaire la Volte accompagne, anime et facilite des groupes à questionner, repenser, dépasser, … à déconstruire pour reconstruire autrement en faisant un pas de côté ! Ils interviendront sur les aspects d’animation de temps collectifs et de mobilisation citoyenne essentiellement. Trois membres de ce collectif sont spécialistes de la question des déchets et de la participation citoyenne. Ils sont en portage salarial à la Maison de l’Initiative.

Simon Perrier est consultant-médiateur en neuropédagogie et membre de l’association InCOGnu, qui regroupe des étudiants, des professionnels et des amateurs des sciences cognitives. Elle vise à les fédérer et à vulgariser ce savoir au grand public. Dans ce projet, il s’impliquera dans l’étude de l’évolution socio-cognitive de la participation citoyenne, ainsi que dans l’accompagnement à la recherche notamment via une mise en garde des biais associés.

Les Petits Débrouillards constituent un des premiers réseaux associatifs de culture scientifique populaire en France. Ils ont pour mission de diffuser et questionner les sciences et techniques auprès du plus grand nombre par la pédagogie active et des approches ludiques. Ils interviendront sur le projet pour mobiliser les citoyens et sensibiliser les publics à la démarche scientifique et la méthode expérimentale.

Clara Choulet est designer graphique indépendante. En parallèle de sa pratique, elle a co-fondée l’association Mêlée Locale, qui a pour but d’inclure les citoyens dans les processus de co-conception d’événements et de lieux polyculturels au sein de leur quartier. Avec l’image comme outil, son rôle sera de communiquer sur le CRAC dès la mobilisation, afin de rendre le projet le plus lisible, attrayant et inclusif possible.

→ Ces différents partenaires partagent nombre de valeurs et de pratiques mais leurs spécialités présentées ci-dessus sont particulièrement complémentaires et permettent ainsi de couvrir tout le spectre des éléments nécessaires à l’accompagnement du collectif.

Premier cercle de chercheurs

Jérémie Cavé est chercheur indépendant en urbanisme et anthropologie, spécialiste de la gestion des déchets, et enseignant à Sciences Po Toulouse. Ses propres travaux tournent autour des frictions entre l’action publique et les initiatives privées dans la récupération des déchets dans les pays émergents. Dans ce projet, il coordonnera le travail des chercheurs associés (notamment du second cercle) pour soutenir les animateurs et superviser les débats des participants, et suivra la préparation et l’animation des sous-groupes dans la phase “Comprendre”.

Renaud Nougarol, chercheur indépendant, associé au laboratoire CERTOP (CEntre de Recherche, Travail, Organisation, Pouvoir), porte une expertise sur les instruments de la politique des déchets ménagers. Il aura dans ce projet un rôle hybride entre animateur et chercheur dès la mobilisation ; en tant que chercheur, il sera à la fois ressource sur la gestion des DMA et pourra se saisir des travaux des participants pour orienter les siens, et observera la dimension participative du programme.

Léa Sébastien, maître de conférences en géographie humaine à l’UT2 et chercheure au laboratoire GEODE (Géographie de l’Environnement) sur les conflits environnementaux et les indicateurs de développement durable, amène une expertise à la fois sur les processus de concertation et sur la place des indicateurs dans le projet. Elle sera présente sur les temps de préparation notamment sur la phase « Découvrir », afin de transmettre de façon la plus neutre possible des connaissances sur la gestion des DMA ; elle sera présente également lors des plénières et comme ressource afin de transmettre ses méthodes de négociation environnementale (acteur en 4 dimensions, le sujet de sa thèse), d’analyse de gain en capitaux (social, savant, patrimonial et politique) des participants, et plus spécifiquement dans la phase “Transformer”, re-construire, si l’enjeu est identifié, des indicateurs de la situation de façon participative.

Initiatives de Recherches COllaboratives de Toulouse (IRCOT) se donne pour mission de définir la notion de recherche collaborative, de recenser les expériences, de mieux comprendre les processus socio-cognitifs qui caractérisent la mise en œuvre de ce type de recherches et de poser un cadre de réflexion quant à leur promotion ; le but est de rendre visible les formes de science qui sont créées en dehors des milieux universitaires. C’est principalement Brice Navereau qui interviendra par le biais d’Échelles et Territoires, une structure adossée à l’Université Toulouse-Jean-Jaurès et au laboratoire LISST (Laboratoire Interdisciplinaire, solidarités, sociétés, territoires, CNRS) et labellisée Jeune entreprise universitaire depuis 2017. Il assurera l’étude sur la dimension participative du programme, en collaboration avec l’association de médiation scientifique RISA, ainsi que Renaud Nougarol et Simon Perrier.
Second cercle de chercheurs

Ces chercheurs en sciences sociales (sociologie, anthropologie, urbanisme et géographie) s’intéressent à la gestion des déchets ménagers. Parmi les travaux qu’ils ont développés, plusieurs sont en lien avec la problématique de ce programme comme la réception des politiques publiques par les usagers, leur participation aux politiques publiques et à la gouvernance territoriale, la construction d’une expertise lors de conflits d’aménagement d’usines de traitement des déchets à proximité de leurs domiciles ou aux innovations qu’ils développent dans la gestion de leurs déchets. Leur adhésion au projet réside dans l’originalité de la démarche et dans l’intérêt porté aux effets que celle-ci peut avoir dans la transformation de la place des citoyens dans la gestion de leurs déchets.

Ils seront ressources pour les participants lors de la phase “Découvrir” et au début de la phase “Comprendre”. Ils auront également l’opportunité d’utiliser les travaux des participants sur la fin de cette phase et le lancement de la dernière. Ces chercheurs ne résidant pas à Toulouse, ils seront mobilisés à distance et viendront participer à des plénières pour donner plus directement leurs avis sur les orientations de recherche des participants.

Ce cercle est composé de Rémi Barbier (UMR GESTE), Claudia Cirelli (UMR CITERES), Pierre Desvaux (laboratoire PACTE), Mathieu Durand (UMR ESO), Elisabeth Lehec (UMR Géographie-cités) et Laurence Rocher (UMR Environnement Ville Société).

Financement du programme

Afin de garantir l’autonomie du programme, nous avons décidé de mobiliser uniquement des financements d’acteurs qui n’ont pas d’intérêts à défendre dans la gestion des déchets ménagers et assimilés. Nous avons donc répondu à l’appel à projets CO-COnstruction de COnnaissances de l’ADEME (réponse en janvier 2020) qui nous permettrait de financer la majeure partie du programme, et nous faisons appel à des fondations pour financer le reste.